ABC d’airs

« ABC d’airs ». Un livre qui n’en est pas vraiment un puisque chaque page est indépendante et peut être placée où bon vous semble. Un livre qui offre plus à voir qu’à lire mais où pourtant le texte est premier car sans lui le calligraphe ne se serait pas lancé.

photographie Benoit Furet

Abécédaire. Vingt-six lettres. Vingt-six mots. Vingt-six extraits d’autant de mes chansons. Les paroles s’envolent, les écrits restent… Vingt-six pages dont on peut scruter les détails et apprécier le sens

Ces mots qui n’avaient d’autres desseins que de voleter de bouche à oreille, Benoit Furet les offre à nos yeux avec une poésie qui n’est plus simplement une affaire de sens et de son, mais celle autrement plus large du geste et de sa grâce.

photographie Gildas Bitout

Chansons d’où viennent les mots choisis

Arbre – Les arbres de la forêt / Balançoire – Petite souris / Caillou – Caillou / Détresse – Dans le journal / Ensemble – Pas la peine / Fruit – Graines / Glaneur – Du blé / Homme – Seconde mi-temps / Inaperçu – Inaperçu / Jeudi – Encore heureux / Kosovo – Deux mille kilomètres à tout casser / Lune – L’heure de rester / Mot – Traîtres mots / Nuit – L’œil de la nuit / Oiseau – Le temps est un oiseau / Patience – La patience / Quai – Est-ce partir ? / Regard – Les yeux dans les cieux / Secret – Un secret de Polichinelle / Terre – « Terre ! » / Utopie – L’utopie, y a que ça de vrai / Volet – Le cœur comme un volet qui bat / Wassingue – Wassingue / X – X (relation à une inconnue) / Yeux – Ecchymose : nom commun / Zone – Zone inondable

Benoit Furet semble content du résultat

Tournage du film « La patience »

Non, je ne fais pas la tête, mais
le projecteur est lourd et il faut le manier avec précision pour obtenir les ombres voulues

Il a vite semblé évident à Gilles (Massez, le cinéaste) que c’est avec la macro qu’il pourrait rendre toute la minutie du travail de Benoit. D’où l’emploi de cet objectif de 24 mm, long canon qu’on voit sur cette photo prise dans l’atelier de Benoit le jour du tournage (Benoit en bout de table, Gilles à droite)

J’entends la frustration des admirateurs déçus de ne pas plus en voir, mais ce film n’est pas un documentaire sur l’œuvre d’un artiste qui le mériterait, en effet il n’est pas nécessaire d’aimer ou connaître la calligraphie pour se laisser envouter par son art, mais là le propos est de dire combien le temps de la création n’est pas celui des pendules.

Autant peindre, sculpter, dessiner, broder, calligraphier se montrent aisément et savent être passionnants à l’écran, autant écrire ne peut se saisir en images, nous ne pouvons que deviner, le stylo rangé, la guitare reposée.

À regarder le calligraphe, le geste est une aventure, quand pour l’auteur, pas de traces, on ne saura rien du voyage, c’est à l’écoute qu’on jugera du soin qu’il a pu y porter.

Nous sommes fin janvier 2020, l’ABC d’airs sera prochainement imprimé avec le QR Code sur son coffret. Pour ce que disent ses paroles, le choix du mot Patience s’est imposé. Je présente la chanson à Tony (Baker, le pianiste) quelques essais puis on se lance, chacun à l’écoute de l’autre, tendu, surpris, attentif, une prise, qu’on décide de garder, pour son épure.

Tony Baker par Christine Agneessens

Viendra plus tard le temps de l’élaboration plus précise et du déroulement sans faille, mais j’ai de la tendresse pour cette version première, avec ses points de suspension… comme si on suivait la réflexion en train de se faire.

Parce qu’on a voulu n’y nommer que ceux dont l’action se voit et être transparent sur ce qu’on entend, Tony ne figure pas au générique. Son rôle n’en est pas moins essentiel.

Tony Baker à Trévignon